Comme un oiseau sur la branche...

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Perdus en plein désert, les bords du Nil sont un biotope prisé par de nombreuses espèces animales et végétales, amenées à coexister sur ce territoire restreint. Les plus opportunistes, à l’exemple des milans, devinrent rapidement des commensaux de
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    ƒquipe ƒgypte Nilotique et MŽditerranŽenne UMR 5140 Ç ArchŽologie des SociŽtŽs MŽditerranŽennes È Cnrs Ð UniversitŽ Paul ValŽry (Montpellier III) Comme un oiseau sur la branche... Jonathan Ma”tre Citer cet article : Jonathan Ma”tre Ç Comme un oiseau sur la branche... È, ENiM   10, 2017, p. 89-101.  EN i M   Ð Une revue dÕŽgyptologie sur internet  est librement tŽlŽchargeable depuis le site internet de lÕŽquipe Ç ƒgypte nilotique et mŽditerranŽenne È de lÕUMR 5140, Ç ArchŽologie des sociŽtŽs mŽditerranŽennes È : http://recherche.univ-montp3.fr/egyptologie/enim/    Comme un oiseau sur la branche... Jonathan Ma”tre Chercheur indŽpendant   ANS   UNE  communication rŽcente, Linda Evans (universitŽ Macquarry, Sydney) a attirŽ lÕattention sur la prŽsence dÕun couple dÕoiseaux figurŽ dans le mastaba de  N(y)- ! n " -  H    ! nm  et  H    ! nm- # tp(w) , ˆ Saqqarah 1 . Le travail quÕelle y expose a permis de les identifier au milan (  Milvus ) sur la base dÕarguments Žthologiques trs convaincants, ouvrant de nouvelles perspectives de recherches sur lÕavifaune antique. Au regard de lÕŽtat actuel de la documentation, il nous semble possible dÕajouter une pierre supplŽmentaire ˆ cet Ždifice, sous la forme dÕun ostracon figuratif conservŽ au musŽe du Louvre, o lÕon reconna”trait un tel rapace [fig. 1, a-b] 2 . LÕobjet provient des fouilles du site de Deir el-MŽdineh ; sa datation, dÕaprs le contexte archŽologique de la dŽcouverte, est attribuŽe ˆ lÕŽpoque ramesside. On peut donc en dŽduire que ce serait lÕÏuvre dÕun ma”tre-dessinateur de la communautŽ des artisans de la tombe royale, ayant vŽcu entre 1295 et 1069 av. J.-C. 3  Il sÕagit dÕun Žclat de calcaire blanc, de forme  pentagonale, qui mesure 12.5 cm de haut sur 9.2 cm de large. Une seule face a servi de support ˆ la rŽalisation dÕun dessin monochrome de couleur noire, sans doute ˆ base de suie. Le tracŽ des figures est sžr et rapide, bien que succinct : on constate que les dŽtails superfŽtatoires sont ŽlidŽs au profit dÕune lecture dÕensemble, fondŽe sur la qualitŽ Žvocatrice du rendu. Son motif sÕinspire vraisemblablement de la saisie sur le vif dÕune scne de genre qui suscita lÕintŽrt de lÕartiste par son srcinalitŽ. Pour saisir ˆ notre tour tout le sens de cette scne, il nous faut dÕabord en dŽcortiquer les ŽlŽments constitutifs, puis la replacer dans son contexte de crŽation. 1  L. E VANS , Ç Fighting kites: behaviour as a key to species identity in wall scenes È,  JEA  93, 2007, p. 245-247 ; id. , Ç Bird Behaviour in Ancient Egyptian Art È, dans R. Bailleul-Le Sueur (Žd.),  Between Heaven and Earth:  Birds in Ancient Egypt  ,  OIMP 35, Chicago, 2012, p. 91-98. 2  O. DeM 2738 = Louvre E 25304 : J. V ANDIER  - D ÕA BBADIE , Catalogue des ostraca figurŽs de Deir el MŽdineh. Quatrime fascicule ,  DFIFAO 2/4, Le Caire, 1959, p. 162, fig. CXVII, n o  2738. Le musŽe du Louvre a lancŽ un grand programme dÕŽtude des ostraca de Deir el-MŽdineh, cf. A. D ORN , Ç Un cas particulier : les ostraca figurŽs È, dans  Le dessin dans lÕƒgypte ancienne  (numŽro spŽcial des  DA 1), 2013, p. 24-29. LÕŽtude lithique de ces objets en renouvelle pareillement la lecture : J. P ELEGRIN , G. A  NDREU -L ANOè , Chr. P ARISELLE , Ç La  production des ostraca en calcaire dans la nŽcropole thŽbaine. ƒtude prŽliminaire È,  BIFAO , 115, 2016, p. 325-352. Je remercie V. Rondot et S. LabbŽ-ToutŽe pour leur aide. 3  Un grand nombre dÕostraca de Deir el-MŽdineh datant du rgne de Ramss III, sa rŽalisation serait, peut-tre, ˆ situer vers les dŽbuts de la XX e  dyn. D  Jonathan Maitre  ENIM 10, 2017, p. 89-101 90 a.  O. DeM 2738 = Louvre E 25304 (dÕaprs J. Vandier-dÕAbbadie, Catalogue des ostraca  figurŽs de Deir el MŽdineh ,  DFIFAO 2, 1959, p. 162, pl. CXVII, n o  2738). b.  Un milan perchŽ dans un palmier ˆ Ziguichor, Casamance, SŽnŽgal (© Flickr / O. van Asperen 4 ). Fig. 1.   Les acteurs  Le palmier La composition du dessin met en scne la figuration dÕun vŽgŽtal de grande taille qui occupe  presque toute la surface disponible quÕoffre le support, probablement incomplet. En effet, si le  port de celui-ci sÕadapte astucieusement aux limites de lÕŽclat dans sa partie gauche, accentuant ainsi le rŽalisme de son ploiement, force est de constater lÕinterruption brutale du tracŽ dans sa partie droite, victime dÕau moins un bris vers lÕangle supŽrieur 5 . Plusieurs dŽtails permettent son identification au palmier doum dÕƒgypte (  Hyphaene thebaica ) : stipe (Ç pseudo-tronc È) bifide se ramifiant au niveau du sol, faisceaux fournis de feuilles palmŽes au sommet des fourches, fanes, etc. [fig. 1, a] 6 . Son inflorescence, en  particulier, prend la forme dÕun Žpis : le Ç spadice È, o sont groupŽes les fleurs. Le sommet du stipe est marquŽ par un renflement couronnŽ de feuilles ; cÕest peut-tre lÕindice de son Žttage. On aurait lˆ lÕindication dÕun arbre ttard, et, donc, par extension, la  prŽsence possible dÕune palmeraie cultivŽe. Ce type de palmier pousse couramment en Haute-   4  http://www.flickr.com/photos/odileva/9221543609/in/photostream/. 5  Il y a un manque dans lÕangle supŽrieur droite. Le reste est difficilement apprŽciable, peut-tre un tiers, voire un quart, ˆ moins que la contrepartie du stipe ne fžt que suggŽrŽe, ce qui est assez possible. 6  N. B AUM ,  Arbres et arbustes de l'Egypte ancienne ,  OLA 31, Louvain, 1988, p. 106-120, et p. 284-287 ; M.-A. B EAUVERIE , Ç Description illustrŽe des vŽgŽtaux antiques du MusŽe Žgyptien du Louvre È,  BIFAO 35, 1935,  p. 121-122 ; M. D ELILE , Ç Description du palmier doum de la Haute ƒgypte È, dans  Description de lÕƒgypte.  Histoire naturelle,  I, 1809, p. 53-58, II, pl. 1, fig. 2 ; P.-L. G IFFART , Ç Le palmier doum È,  BFT   106, 1966, p. 3-11.  Comme un oiseau sur la branche... http://recherche.univ-montp3.fr/egyptologie/enim/ 91 ƒgypte, dans les oasis, mais surtout en Basse-Nubie 7  ; en revanche il se rarŽfie ds la Moyenne-ƒgypte et serait absent du delta du Nil. Le sol, enfin, est figurŽ par une courbe qui vient butter sur son pied.  Le singe Il est reprŽsentŽ dans une position ramassŽe, prt ˆ bondir dans le vide. Ses mains agrippent le foliole dÕune palme qui pend au-dessus de lui, confirmant quÕil sÕapprtait ˆ se balancer dÕun stipe ˆ lÕautre du palmier [fig. 1, a]. Son museau allongŽ, lÕabsence dÕune grande queue et la prŽsence des favoris autour du facis le dŽsignent comme un jeune Babouin olive (  Papio anubis ) : un animal dÕimportation srcinaire des contrŽes du Haut-Nil 8 . Ce singe, trs prisŽ des Žlites comme animal de compagnie, est Žgalement amateur de noix doum, ˆ la pulpe sucrŽe. Or, le dressage des singes ˆ des fins de cueillettes est bien attestŽ dans lÕƒgypte antique, comme lÕillustre un cŽlbre tableau de la tombe du nomarque Khnoumhotep II, ˆ BŽni Hassan 9 . Ce motif en vogue inspira dÕinnombrables artistes qui lÕont dŽclinŽ sur dÕautres supports matŽriels susceptibles de nous fournir autant dÕŽlŽments de comparaison utiles. Les vitrines du Louvre nous donnent justement ˆ voir un tel regroupement. Entre autres objets, plusieurs ostraca illustrent le dressage des singes musiciens, ou cueilleurs, destinŽs ˆ impressionner les invitŽs de riches fonctionnaires 10 . LÕanimal est alors retenu par une laisse nouŽe autour de sa taille 11 . Ici, son absence plaiderait, ˆ nouveau, pour la vision naturaliste dÕune palmeraie, ou dÕun jardin enclos o lÕanimal Žvoluerait en semi-libertŽ. 7  T. S AVE -S ODERBERG , L. T ROY , The Scandinavian Joint Expedition to Sudanese Nubia Publications  V,  New  Kingdom Pharaonic Sites  2, Text  , 3,  Lists and Plates , Stockholm, 1991, p. 198-199, pl. I ; T. S AVE -S ODERBERG , Ç The Paintings in the Tomb of Djehuty-hetep at Debeira È,  Kush  8, 1960, p. 39-42. 8  En raison de lÕabsence du camail caractŽrisant lÕHamadryas m‰le. On pourrait Žgalement supposer quÕil sÕag”t dÕune guenon, peut tre plus facile ˆ dresser, ce qui implique une sŽlection qui nÕest pas prouvŽe. Le Babouin olive est la seule autre espce connue par les ƒgyptiens ; elle a lÕavantage de ne pas prŽsenter un tel dimorphisme sexuel. L. L ORTET , M. G AILLARD ,  La faune momifiŽe de lÕancienne ƒgypte , Lyon, 1905, p. 221-228 ; J. Kingdon et al.  (Žd.),  Mammals of Africa , II,  Primates , Londres, 2013, p. 233-239 ; P. V ERNUS , J. Y OYOTTE ,  Le bestiaire des phraons , Paris, 2005, p. 615-619. 9  P. N EWBERRY ,  Beni Hasan  I, 1893, pl. XIX ; N. D AVIES ,  Ancient Egyptian Paintings  I, 1936, pl. VII ; B. D EPUTTE , J. A  NDERSON , Ç Baboon palm nut harvesters in ancient Egypt: new (ancient) evidence, new questions È,  Folia Primatol   80, 2009, p. 70-73. Selon P. H OULIHAN , Ç Harvesters or Monkey Business? È, GM 157, 1997, p. 34-47, rien nÕindiquerait quÕil sÕagit dÕanimaux dressŽs ˆ cette t‰che. Le tableau illustrerait dŽjˆ la compŽtition entre lÕhomme et lÕanimal sauvage. Voir infra. 10  E 14298, E 14339 et surtout : E 27666 ; E 14338 serait ˆ classer parmi les parodies animalires : le singe  jouant sžrement le r™le du dresseur (ou dÕun danseur ?) armŽ dÕune cravache, inversant la hiŽrarchie des rapports entre dominant et dominŽ. Voir les singes musiciens. Synthse dans J. V ANDIER  - D ÕA BBADIE , Ç Les singes familiers dans lÕancienne Egypte (peintures et bas-reliefs) III. Le Nouvel Empire. È,  RdE   18, 1966, p. 143-201 ; J. P ELEGRIN , G. A  NDREU -L ANOè , Chr. P ARISELLE , op. cit. , p. 343, fig. 35. 11  On trouve aussi des exemples avec une seconde laisse nouŽe autour du cou, A. M INAULT -G OUT , dans G. Andreu-Lano‘ (dir.),  Les artistes de Pharaon. Deir el-MŽdineh et la VallŽe des Rois , Paris, 2002, p. 184, fig. 128b.  Jonathan Maitre  ENIM 10, 2017, p. 89-101 92  LÕoiseau rapace LÕoiseau sÕest perchŽ plus haut : au sommet du stipe, o il repose sur une longue tige qui sÕarque vers le sol. On remarque que ses doigts ne sont pas figurŽs, comme sÕils lÕenserrent ou sÕy agrippent pour lÕy maintenir en Žquilibre. Le motif en chevron qui la compose suggre quÕil sÕagit dÕun spadice du palmier [fig. 1, b] ; sa floraison ayant lieu entre avril et novembre, elle concide, ˆ peu prs, avec la crue annuelle du Nil. Sa posture Žvoque le repos dans lÕattente : les ailes sont repliŽes tandis que la tte se retourne sous lÕeffet de la surprise. Sa silhouette est de plus grande taille. Elle se caractŽrise surtout par son Žlancement, lequel est soulignŽ par la longueur du bec, puis du cou et de la queue qui lÕŽtirent ˆ ses extrŽmitŽs, et lÕaffinent. CÕest vrai, notamment, dans la courbure qui retranscrit le mouvement de la tte se tournant pour voir ce qui se passe dans son dos. Jeanne Vandier dÕAbbadie, dans son Catalogue des ostraca figurŽs de Deir el-MŽdineh,  proposa dÕen rapprocher la forme des corvidŽs, sans doute en raison de cet allongement marquŽ. Cette impression sÕavre ici trompeuse puisque lÕexamen attentif de la silhouette suggre une conclusion diffŽrente. On objectera tout dÕabord que la taille du spŽcimen est dŽmesurŽe, mme ˆ c™tŽ dÕun Grand Corbeau ( Corvus corax ). Ensuite la prŽsence dÕun certains nombre de dŽtails singuliers dans la topographie de lÕoiseau invite davantage ˆ y reconna”tre un rapace diurne, en particulier la  prŽsence de plumes l‰ches et longues, appelŽes Ç culottes È, qui garnissent ses tibias (les corvidŽs nÕen ont pas) 12 , et la longueur inhabituelle de la queue dont lÕextrŽmitŽ se surimprime au tracŽ du spadice. On remarquera Žgalement quÕil sÕagit des deux seuls caractres dont le rendu est aussi dŽtaillŽ. LÕŽtroitesse de la queue, par exemple, sÕŽloigne du rabattage conventionnel ˆ lÕart Žgyptien pour une vision plus naturaliste, individuelle 13 . Ces ŽlŽments, ajoutŽs ˆ la posture redressŽe, au galbe du dos, ˆ la forme allongŽe du bec et du cou, suggrent fortement de le rapprocher des Accipitriformes, et plus particulirement les MilvinŽs. Fig. 2. Un couple de Milan dÕAfrique en maraude (© IBC/Fr. Jarvel 14 ). 12  G. B ƒNƒDITE , Ç Faucon ou Žpervier, ˆ propos dÕune rŽcente acquisition du musŽe Žgyptien du Louvre È,  Monuments et mŽmoires  17/1, 1909, p. 15. 13  V. L ORET , Ç Horus-le-faucon È,  BIFAO  3, 1903, p. 4 ; G. B ƒNƒDITE , op. cit. , p. 23-28. 14  http://www.pbase.com/nicolebouglouan/image/79729918.
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